Vacances en trench: so lovely!

Harrods n’a pas hésité à créer une animation dans son célèbre magasin de BromptonRoad à Londres autour du symbole le plus controversé: la pluie anglaise. A rainy day: so british!
Du coup, le ciel gris, les manteaux pour chien dessinés par Vivienne Westwood et le survival kit re-designé par Paul Smith en personne (baked beans, worcester sauce & porridge) ont fait fureur.arrod’s n’a pas hésité à créer une animation dans son célèbre magasin de Regent Street à Londres autour du symbole le plus controversé: la pluie anglaise. A rainy day: so british!

Il suffisait de voir le monde à l’envers.

« Souvent, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l’insecte qui flotte au gré d’un fleuve sur quelque brin d’herbe. » Honoré de Balzac

extrait du « traité de tous les noms » Pierre-Louis Desprez & Ivan Gavriloff (Descartes & Cie, 2007)

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Détournement de sens

Détourner la signification d’un mot, c’est mettre un peu de jeu entre les pièces d’un puzzle trop serré et faire surgir des sens inattendus. Les mots s’y prêtent volontiers grâce à leurs significations multiples.

« Abattement fiscal: état dans lequel se trouve un contribuable qui vient de recevoir son avis d’imposition. »

« La boxe est réputée être le plus dur de tous les sports, alors qu’en fait c’est juste un coup à prendre. »

« Un député qui a du charisme est un député qui sait faire passer les motions. »

« Si un décorateur vous propose des rideaux vert-empire, exigez les mêmes en mieux. »

Marc Escayrol

« L’élève: Les racines des mots sont-elles carrées?

Le professeur: Carrées ou cubiques. C’est selon. »

(Eugène Ionesco, La leçon.)

Quand Khrouchtchev prit le pouvoir à la mort de Staline, il fit un discours très anti-stalinien devant la Douma. Un député s’écria:

– Dis donc, camarade Khrouchtchev, tu attaques Staline, mais que faisais-tu quand il était là?

Khrouchtchev tendit un doigt accusateur et cria:

– Qui a dit ça?.

Il balaya toute l’assemblée, dans un silence de mort. Puis il ajouta:

– J’ai fait comme toi.

Le stalinisme était enterré.

extrait du « traité de tous les noms » Pierre-Louis Desprez & Ivan Gavriloff (Descartes & Cie, 2007)

Mer démontée

« La mer est démontée!

Quand la remonte-t-on? »

Raymond Devos traquait la langue, bondissait sur les mots, les capturait d’un coup de filet et les métamorphosait avec sa prodigieuse bonne humeur et son sens de la dérision.

– Je voudrais un billet pour Caen

– Pour où?

– Pour Caen

– Comment voulez-vous que je vous dise pour quand si vous ne me dites pas pour où!

Un comique joue avec les mots, laisse le malentendu s’installer, rebondit sur les différents sens, égare son interlocuteur. Subitement, le cerveau a recollé les morceaux de sens éparpillés et le rire jaillit.

« Je me suis aperçu que ce qu’on appelait jeux de mots, c’est un jeu de l’esprit qui se sert des mots pour avancer et provoquer le malentendu », déclarait Devos.

Le malentendu vaut mieux que le bien entendu: il génère un sens inattendu!

« Se coucher tard nuit! »

Les Américains ne possèdent pas plus de cent mots polysémiques. La langue française, la plus difficile du monde à informatiser, en possède des milliers:

– Une cible: jeu de fléchettes et catégorie de clients.

­– Un ours: l’animal et l’endroit d’un journal contenant des informations sur l’équipe.

– Un amateur peut signifier deux choses contraires: un mauvais et un excellent.

La quarantième édition du Petit Robert (2007) contient 60 000 mots et 300 000 sens, soit en moyenne cinq sens différents par mots.

« En sondant ces mots un soir d’été: je pêche ou bien je pèche.

Avez-vous médité sur tout l’ennui caché dans l’accent circonflexe. » Victor Hugo

extrait du « traité de tous les noms » Pierre-Louis Desprez & Ivan Gavriloff (Descartes & Cie, 2007)

La « marque » ALL BLACKS a déjà gagné face à l’équipe de France de rugby.

La finale de la coupe du monde de rugby opposera une « marque » à une équipe. Au-delà des talents individuels et collectifs des Néo-zélandais, c’est un atout supplémentaire. La marque des ALL BLACKS ce n’est pas la nation néo-zélandaise, mais un véritable « branding » entrepris depuis plusieurs décennies.

La finale de la coupe du monde de rugby opposera dimanche 23 octobre deux belles équipes mais surtout deux « marques » dont l’une dispose d’un poids supérieur. En effet, la Nouvelle Zélande existe au rugby avec un nom qui, à lui seul, signifie le cauchemar: « All Blacks ». Cette façon historique de surnommer ces rugbymen, plutôt que « l’équipe de Nouvelle-Zélande », rappelle ce qui se passe dans l’univers des marques: un produit devient une marque, parfois plus forte que la marque qui est au-dessus de lui, lorsqu’il a atteint le stade du mythe (501/LEVI’S, MINI/AUSTIN etc.). Le code-couleur noir est évidemment là pour impressionner et créer une « valeur perçue » chez l’adversaire et les (télé)spectateurs. Si on prolonge l’analogie avec l’univers des marques pour analyser le XV néo-zélandais comme on ferait un fonds de marque, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce match un affrontement entre deux « idées ». Comme les grandes marques les All Blacks ont des signatures qui constituent un véritable programme: « Black is thicker than blood » et « Impossible is nothing ». Derrière ces formules lapidaires se cachent des valeurs qui fonctionnent comme des principes d’action: courage, ténacité, culte de la victoire…. Les Blacks ont leur rituel, le haka, comme il existe un rituel de consommation oenologique ou de whisky. Ils ont leurs marques-ingrédients, véritables marques individuelles au sein de la marque « Blacks »: Sonny Bill Williams, Kieran Read, Brad Thorn etc. Ils ont leur saga, mélange d’histoire réelle et légendaire. Ils ont leurs faits héroïques. Ils ont leur storytelling jusque sur leurs objets commerciaux (« La plupart des maillots tiennent chaud, un seul vous donne le frisson. ALL BLACKS »). On pourrait continuer en analysant les gestes de la victoire et ceux de la défaite. Rien à dire: les All Blacks se voient autant comme une marque que comme une équipe qui joue pour gagner.

Personnellement je serai du côté des Tricolores : on n’arrive pas en finale par hasard. Et même si le leader Coca-Cola l’emporte sur le challenger Pepsi-Cola au résultat final, je n’oublierai pas qu’en blind-test le Pepsi est préféré au Coke.

FRIEZE ART FAIR 2011

KAOS était présent à la Frieze Art Fair de Londres, la plus grande foire de l’art du monde. Au-delà de la magie de l’instant et du british bonheur de nous trouver au coeur de « la reine » des expositions, nous avons pu observer le lien intime entre l’art contemporain et les mots. La créativité se cache subtilement derrière l’explicite. Parfois les mots perdent leur sens pour revêtir une étole de violence, s’asperger d’un parfum de révolution, parfois ils sont simplement sublimés pour ne pas dire je t’aime d’une quidam manière. Merci Laure d’avoir rendu ce moment possible.

What’s the point of art ? « – To stop our eyeballs going into meltdown from all the rubbish TV and films we happily look at the rest of the time. » Charles Saatchi

http://www.friezeartfair.com/

Drague

Les quiet parties sont organisées dans des bars branchés sur le principe du silence généralisé. Ça permet de mieux se rendre compte du poids des paroles échangées habituellement.

On vient dans ces quiet parties par curiosité, pour s’amuser avec son meilleur copain ou sa meilleure amie, ou pour draguer comme dans le speed writing où l’objectif est encore plus clairement la rencontre. Interdiction de parler, obligation de communiquer par écrit.

Rideau de silence, chants de mouettes en musique d’ambiance, serveurs n’acceptant que les commandes écrites: le rituel met en valeur les corps, les regards, les petits papiers qui circulent. La puissance de la communication non-verbale est immédiatement vécue et comprise. Chacun est face à la simple question: qu’est-ce que je lui écris? À l’oral, on peut encore parler pour ne rien dire, ici on laisse une trace de soi. On voit ce qu’on écrit, tandis que l’on n’entend pas toujours ce que l’on dit.

– Salut! Alors comment vous trouvez l’endroit?

– Stressant… on est du genre bavardes à la base donc c’est dur…

– J’avoue… c’est pas facile, faut se contrôler pour ne pas parler.

L’écrit enfin joue son rôle: il libère. Chacun est face-à-face, mais l’écriture joue le rôle d’un intermédiaire autorisant une intimité:

– Avant que j’oublie… J’adore ton sourire. (Que de choses que l’on n’ose jamais dire de vive voix!)

– On dirait juste que tu as écrit avec tes pieds! lol.

Cette situation artificielle devient vite insupportable. Les mots sans la parole. On redécouvre la force de l’écriture: un mot trouble parfois plus que tout…

– En fait, c’est la première fois que je viens et je trouve ça chiant. Je préfère parler tout à l’heure.

– Moi aussi c’est la première fois et franchement je m’ennuie.

– Alors à tout à l’heure quand on pourra parler.

– Si tu veux.

« Si les singes savaient s’ennuyer, ils pourraient devenir des hommes. » Goethe

extrait du « traité de tous les noms » Pierre-Louis Desprez & Ivan Gavriloff (Descartes & Cie, 2007)